Nathalie Simard : Tao Tao et 40 ans de carrière au Canada

Seulement connue en France pour avoir interprété le superbe générique de Tao Tao (série diffusée à la fin des années 1980 sur FR3), elle est pourtant une immense vedette au Canada ! Si elle a débuté en chantant et en animant des émissions pour la jeunesse, contrairement à des stars françaises telles que Dorothée ou Douchka, Nathalie Simard a poursuivi sa carrière dans la chanson en parvenant à s’émanciper. C’est à l’occasion de sa tournée LAmour a pris son temps, célébrant ses 40 ans de carrière, qu’elle a accepté de répondre à nos questions.

L’interview

Nathalie, bonjour ! Pouvez-vous nous rappeler comment vous êtes devenue chanteuse ?
C’est un concours de circonstances. Mon frère René avait déjà commencé à chanter et on cherchait une jeune fille pour enregistrer un duo avec lui à l’occasion de l’année internationale de l’enfant, un gros événement en 1979 ! On savait que je chantais pour le plaisir et on m’a demandé si je voulais le faire. J’avais 8 ans à l’époque. Au départ, ce devait être juste pour un seul disque 45 tours, rien de plus. Finalement, tout s’est enchaîné à une vitesse folle et je suis encore là, 40 ans plus tard, à chanter. C’est devenu mon métier, ma passion !

Comment en êtes-vous venue à interpréter, encore enfant, Goldorak ? Et pourquoi une reprise canadienne du générique de Noam dont vous avez assuré la promotion à la télévision ?
Je n’en ai qu’un très vague souvenir car j’étais encore enfant à l’époque. Je n’avais pas mon mot à dire pour décider. Je l’ai fait, comme bien d’autres projets suggérés. C’était la mode les reprises. Mon imprésario et producteur de l’époque négociait et choisissait les projets selon ses plans à lui. Moi, je n’étais qu’une enfant qui ne faisait qu’exécuter ce qu’on lui demandait.

Vous a-t-on donné des indications pour interpréter cette chanson de Goldorak ? Est-ce le cas d’ailleurs pour tous vos génériques de dessins animés ?
On me dirigeait en studio, bien sûr. Par contre, je ne savais pas grand-chose de tous ces projets et émissions. Je ne voyais rien et on ne m’expliquait pas vraiment. Je le faisais. De toutes façons, je n’avais pas de temps de tout regarder et d’écouter. C’était la folie. Ça allait très vite !

Avec le générique canadien de Maya labeille, vous avez enregistré une version assez différente de la version française ou même des autres versions étrangères qui utilisaient le vrai play-back. Dans votre version, la musique est rejouée. Quel souvenir en gardez-vous ?
Un beau souvenir. À l’époque j’animais Ciné-Cadeau sur les ondes de Radio-Québec. Et pour le générique d’ouverture de l’émission, on avait utilisé un peu le même principe que le fond d’écran vert au cinéma permettant d’incruster des images à l’arrière. Cette technologie commençait à Montréal. C’était tout nouveau et ils avaient réussi à me mettre dans le canal de Maya, l’abeille. Je trouvais cela fun. La version de la chanson que j’ai faite est différente, un peu plus énergique et jeune. Je pense qu’elle représentait bien Maya que je trouvais belle et sympathique.

Vous avez aussi chanté le magnifique générique francophone de Tao Tao, le seul venant de vous que nous avons eu en France. Que pouvez-vous nous en dire ?
Je me souviens juste de l’avoir enregistré. Au Québec, on pensait souvent moi à l’époque. Ma voix s’y prêtait bien pour Tao Tao ou d’autres chansons (entre autres des reprises de Chantal Goya, telles que Allons chanter avec Mickey, Snoopy, Babar, Pinocchio, NDR). Ma carrière a été pendant quelques années orientée vers l’enfance. C’était mon public, mon créneau. Je le faisais.

Avez-vous enregistré une version longue de Tao Tao ? Car à ma connaissance même la version courte n’a pas été commercialisée au Canada. Pourquoi, selon vous ?
Tout cela est tellement lointain et j’en ai tellement fait. Je suis désolée, mais je n’en ai malheureusement aucune idée.

Vous avez aussi interprété également la chanson Mes amis les Calinours (Les Nouveaux Bisounours)…
Encore une fois, c’est flou. Le titre s’est retrouvé sur un de mes albums, oui. Je me rappelle que dans les paroles, les Calinours me disaient qu’ils m’aimaient ! J’étais déjà un peu plus âgée et je comprenais mieux le beau message du texte. Je trouvais leur philosophie positive.

De 1985 à 1988, vous décrochez le rôle-titre dans la série télévisée Le Village de Nathalie, première émission québécoise pour la jeunesse alors produite par un réseau privé (TVA). Vous sortez aussi trois albums intitulés Le Village de Nathalie dans lesquels vous interprétez des chansons composées par Jacques Michel et Eve Déziel. Quels souvenirs en gardez-vous ?
De magnifiques souvenirs, de belles amitiés qui perdurent encore aujourd’hui avec plusieurs comédiens de l’émission. Les jeunes qui la regardaient sont devenus adultes. Ils m’en parlent toujours et ils font découvrir Le Village de Nathalie à leurs enfants à travers les DVD ou sur YouTube. Le village vit encore et une nouvelle génération me découvre. Je suis très choyée d’avoir bercé leur enfance.

Avez-vous des anecdotes de tournages ?
Difficile d’en choisir une mais ce que je peux dire c’est qu’on a pris beaucoup de plaisir et de fous-rires ! Mes collègues étaient tous des comédiens qui sortaient de l’école de théâtre. Moi, j’apprenais en le faisant car c’était mes débuts comme comédienne. Je pense à Louis-Georges qui m’a fait tellement répéter. Je devais dire : « Cest la rentrée ! ». Mais je n’y arrivais pas, je n’avais pas la bonne intonation. Louis-Georges était derrière la porte dans le décor et essayait de m’aider. J’en ai fait des prises pour arriver à dire ces trois mots. On en parle encore aujourd’hui !

Vous avez aussi animé pendant deux ans une autre émission jeunesse : Les Mini-Stars de Nathalie.  Que retenez-vous de cette émission ?
Le plaisir de rencontrer les jeunes, en vrai, d’avoir un contact avec tout ce monde qui, normalement, est dans son salon ! Mais je regrette qu’on les ait « déguisés » autant. Ces enfants de 4, 5 ou 6 ans étaient habillés et maquillés comme des adultes. On a caché leur essence d’enfant. Avec le recul, c’est ce que je pense. Si c’était à refaire, j’aurais gardé le naturel qu’un enfant peut avoir en s’amusant à se déguiser par lui-même. Et non les laisser se transformer par des adultes.

Parmi tout votre répertoire, quelle est votre chanson favorite ?
À ton départ qui se retrouve sur mon album Au maximum ; avec des textes et une musique de Didier Barbelivien et Romano Musumarra. La musique est magnifique et le texte me parlait. Le public au Québec connaît la famille Simard depuis plus de 40 ans. À ton départ, c’était notre histoire en quelque sorte. C’est le départ de mon père qui a quitté la maison. Dans le clip, on a joué la carte du soldat qui part défendre son pays à la guerre. Mais moi, je pensais à mon papa. Les émotions que font monter les paroles et la musique, c’est magique ! C’est une chanson que j’adore encore interpréter.

En 1988, vous et votre frère René décidez de changer de genre musical et de look. Votre manager contacte justement le compositeur italien Romano Musumarra (on lui doit les tubes de Jeanne Mas, Stéphanie..) et vous enregistrez un album à Paris. Était-ce pour casser votre image de chanteuse pour enfants ?
C’était une évolution naturelle. Oui, cela a fait une cassure, mais ce n’était pas calculé, ni planifié. On voulait juste explorer d’autres choses. Nous sommes allés à Paris, mais aussi à Rome en fait. J’en garde de magnifiques souvenirs. J’ai adoré travailler avec Romano Musumarra. Ce fût une belle découverte et une évolution musicale nécessaire. À Paris, j’ai adoré la nourriture, mais on travaillait tellement que je n’avais pas de temps pour m’amuser ou visiter.

Un peu avant, en 1983, dans quel contexte avez-vous enregistré deux chansons en japonais pour un 45 tours : Gogatsu no Tegami (Boy) et Umino Nakano Anata e (La mer ma mère) ?
Dans le but de faire carrière au Japon. Mais mon imprésario, qui gérait aussi la carrière de mon frère René, voulait que ce dernier fasse également partie du plan, et pas seulement moi. Cette condition, de nous prendre les deux, n’a pas été acceptée. De plus, la compagnie aurait fait faillite à peu près au même moment. Mais cela commençait à fonctionner pour moi. J’ai même chanté en live dans de grandes émissions télévisées au Japon. On a pris une journée par chanson, peut-être. C’était long car ce n’était pas ma langue. J’avais appris les chansons aux sons (en phonétique). J’ai adoré le Japon, les gens et la culture. J’y suis allée trois ou quatre fois.

Saviez-vous que la chanson Gogatsu no Tegami (Boy) a été réutilisée en 1988 pour servir de générique de début d’un dessin animé, Hikari no Densetsu (Cynthia ou le rythme de la vie, en France) ? Quelques paroles ont toutefois été changées et elle a été réinterprétée par la chanteuse Tsukasa Itô, sous le titre Heart no kisetsu ! Elle a même été traduite en français dans le dessin animé.
Non, je ne savais rien de tout cela, vous me l’apprenez ! J’ai trouvé le morceau sur internet, c’est fou !


Le compositeur du morceau, Shin’ichi Tokura, ou le parolier Gorô Matsui ne vous ont donc pas avertie ?
J’imagine qu’ils n’avaient pas d’obligation de nous avertir. Encore une fois, on m’a demandé de le faire, et je l’ai fait. Je suis une interprète, je n’avais pas le temps de faire de suivi. Quand un autre interprète reprend une de mes chansons, j’ai tendance à prendre cela comme un velours (cela fait plaisir, NDR).

Pourquoi n’avez-vous finalement enregistré que deux titres sur l’album prévu ?
En réalité, j’en ai fait plusieurs et un album devait effectivement sortir (avec 12 titres, NDR). Je ne sais pas pourquoi cela ne s’est pas fait. Il y avait tellement de projets qui se montaient en même temps. Difficile de tenir le fil. Dommage que cela ne soit pas allé plus loin, mais comme je le disais, je n’avais pas le contrôle.

Interprétez-vous encore ces deux chansons japonaises sur scène ?
Non, je ne les chante plus. Je l’ai fait il y a plus de 30 ans dans des émissions au Québec, mais jamais sur scène (elle a également fredonné un extrait de Gogatsu no Tegami dans la version canadienne des Enfants de la télé sur Radio Canada, le 25 mars 2020, NDR).

Vous avez d’ailleurs choisi ces deux titres parmi d’autres inclus dans votre dernier album, LAmour a pris son temps. Quand et comment est né ce projet ?
Le producteur Martin Leclerc a eu l’idée. Cet album résume mon parcours personnel et ma relation avec le public québécois. C’est un beau lien : 40 ans de musique, de jeu, d’animation, mais surtout de beaux moments. C’est tout un privilège d’être suivie sur une telle période. J’ai fêté mes 50 ans et mes 40 ans de carrière en 2019. Tous les astres étaient alignés.

Cela n’a pas été trop difficile de faire une sélection parmi vos nombreuses chansons ?
Pas facile, en effet. Mais je voulais faire plaisir à mes fans, au public, et me faire plaisir également. La liste était longue au début. On y est allé par élimination. On a trouvé un équilibre entre mes succès, les souvenirs d’enfance et les chansons qui ont marqué ma vie que je reprends à ma façon.

En 2019, vous démarrez également la tournée LAmour a pris son temps tout en continuant de donner des conférences sur les différents types de violence, un autre thème qui vous est cher. Avec le recul, auréolée de tous ces disques de platines, toutes ces belles rencontres, quel effet cela vous fait de savoir que vous fêtez déjà vos 40 ans de carrière ?
GRATITUDE ! Envers ce lien avec un public généreux pour qui j’ai beaucoup d’amour. Il y a plein de fans que je connais par leur nom. Ils sont au rendez-vous, à chaque fois. C’est merveilleux. Grâce au public, je peux faire ce que j’aime le plus au monde. Ce n’est pas évident de durer et de continuer. C’est un privilège, je l’apprécie et j’en suis reconnaissante à chaque fois que je monte sur scène. Je ne prends rien pour acquis. Il faut se réinventer… C’est pour cette raison que j’ai fait plein de choses et que je veux en faire d’autres encore.

Seriez-vous partante pour interpréter sur scène les chansons de Goldorak, Maya l’abeille, Tao Tao, et Mes amis les Calinours ?
Je fais un medley enfance dans mon spectacle, une « bulle enfance » pour les beaux souvenirs avec Maya labeille et Goldorak. La chanson Les Marionnettes du regretté chanteur français Christophe en fait également partie à travers une belle version acoustique de cette magnifique chanson.

Enfin, pour conclure, qu’aimeriez-vous dire au public français ?
J’aimerais bien renouer avec vous. Cela fait trop longtemps ! J’ai toujours adoré aller en France. Si j’ai la chance d’y retourner, je prendrai le temps de vivre, de visiter, et pas seulement de travailler. Ce serait un grand honneur. Je vous salue et je vous souhaite que le meilleur.

Interview réalisée en avril 2020 par Rui Pascoal
Remerciements et crédits photo : Laurence Labat

Page Facebook officielle de Nathalie Simard

Écouter l’album L’Amour a pris sont temps sur Apple Music et Spotify

 


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