Découvrez Soul Machine et ses remix de génériques

Exceptionnellement, nous allons évoquer ici non pas la musique ou le générique d’un dessin animé, mais un artiste qui a repris quelques-uns des plus emblématiques génériques de série d’animation du XXème siècle.

Dans les années 1980, certains génériques français de séries d’animation (françaises, américaines ou japonaises) ont fortement marqués le jeune public. La production de l’animation en séries et sa diffusion sur le petit écran de l’Hexagone était alors en pleine explosion, tel un Big Bang qui continu encore son expansion et ce avec, depuis, la multiplication des chaînes jeunesse (18 au total actuellement). Ces génériques et les œuvres qu’ils accompagnaient ont ainsi traversé le temps et sont toujours admirés de nos jours de telle façon qu’ils inspirent parfois quelques artistes musicaux, amateurs ou professionnels, avec plus ou moins de réussite.

Une Machine qui s’anime

Justement, il en est un, français et musicien faisant preuve d’une grande maitrise de son art qui, parmi ses nombreux travaux, s’est laissé aller à reprendre – ou plutôt reformuler – cinq de ces inoubliables génériques. Son nom d’artiste : Soul Machine. En effet, sur sa chaîne YouTube, parmi ses propres compositions qu’il expose aux internautes, liant le style électro à celui du rock avec une élégance et une pulsion aussi élaboré qu’un Carpenter Brut, on peut écouter/voir quelques vidéos concernant :

  • le générique de la série franco-américaine Jayce et les conquérants de la lumière (1985), mis en ligne le 5 février 2021
  • le second générique d’ouverture de la série franco-japonaise Ulysse 31 (1981), mis en ligne le 26 mars 2021
  • le générique d’ouverture de la série française Les Mondes Engloutis (1985), mis en ligne le 29 avril 2022
  • le générique US de la série américano-française des Tortues Ninja, les chevaliers d’écaille (1987-96), mis en ligne le 9 septembre 2022
  • le générique de la série nippo-française Les Mystérieuses Cités d’Or (1983), mis en ligne le 21 juin 2023.

Ce choix, parmi cet univers de l’animation, est évidemment très réfléchi. En effet, contrairement à beaucoup d’autres génériques de l’époque qui s’inscrivaient comme de simples chansons, ce qui n’enlève rien à leur qualité (telles celles interprétées par Eric Charden, Michel Barouille ou encore la regrettée Claude Lombard et le tout aussi regretté Franck Olivier), trois des génériques remixés par Soul Machine sont d’une toute autre nature. On a à cet égard avec Ulysse 31 et Jayce et les conquérants de la lumière deux compositions totalement rock signées par le duo Shuky Levy et Haim Saban, style qui était assez rare à l’époque en France pour des séries d’animation. Il en est de même avec le remix du générique des Tortues Ninja, les chevaliers d’écaille. De ce fait même, ces trois compositions pourraient être jouées par des groupes de rock de grande renommée, voire de hard rock, sans que ceux-ci aient à en rougir tellement elles sont extrêmement percutantes. De plus, elles étaient accompagnées, pour Ulysse, de la voix de Jacques Cardona (le premier générique d’ouverture tout aussi puissant ayant été interprété par le regretté Lionel Leroy) et pour Jayce de celle de Nick Carr, deux chanteurs au registre vocal assez proche et qui ajoutaient de par leur performance à donner une grande énergie à ces compositions.

Quant aux deux autres génériques, celui des Mondes Engloutis interprété par Mini-Star et dont la musique fut le fruit du grand et prolifique compositeur de musique de films Vladimir Cosma et celui des Mystérieuses Cités d’Or chanté par Jacques Cardona et mis en musique par Shuky Levy et Haïm Saban, elles inspiraient de vastes sentiments et d’intenses émotions. Notons également que de par leur grand succès, le générique des Mondes Engloutis et celui de Jayce et les conquérants de la lumière furent classés dans le même temps dans le Top 50.

Une Machine en or

Cela est indéniable, les remixes de ces cinq génériques que propose Soul Machine sont d’une efficacité absolue. Le musicien a su concevoir un équilibre parfait entre le profond respect qu’il voue au matériau d’origine tout en l’adaptant à un certain feeling qui lui est propre. Ainsi, sous ses claviers et au travers des cordes de ses guitares et de ses basses toutes aussi électriques, son ouvrage sublime ces génériques qui de la sorte magnifiés revivent en nous avec une aura supplémentaire.

Ainsi, ici et là, il créée de nouvelles rythmiques ou amplifie certaines pulsations, tout en développant de nouveaux accords et cela sans que la nature originelle de la composition soit remise en cause. Tout au contraire, même si elles sont déjà parfaites, il embellit ces œuvres de toute une floraison personnelle de réflexions musicales, les colorant encore un peu plus, mais avec une grande sensibilité d’exécution.

Outre les instruments de base précités, Soul Machine utilise également quelques autres appareils musicaux comme l’Arturia MicroBrute pour Les Mondes Engloutis. Avec celui-ci et l’effet sonore qu’il emploie, il apporte un instant à ces mondes enfouis sous terre une magnifique atmosphère aérienne et nébuleuse. Sur ce titre, comme sur celui d’Ulysse 31, il fait montre également de ses qualités de bassiste et de guitariste. C’est aussi plus particulièrement sur ses différents synthétiseurs analogiques que ses qualités de musiciens explosent. Sur Jayce et les conquérant de la lumière, ses claviers omniprésents seraient tel le tableau de bord du vaisseau Gloire de l’Univers piloté par Herk se déplaçant, en plus grâce à ses voiles constituées de panneaux solaires, sur les vibrations sonores qu’il produirait. Il a également composé sur ses claviers analogiques des oeuvres personnelles où il explore encore bien des espaces vibratoires et intersidéraux comme avec  Exoniverse IV, Milky Waves ou New Horizons Over Pluto.

Guitares électriques, mais pas que !

En ce qui concerne son dernier remix sur une œuvre d’animation avec Les Mystérieuses Cités d’Or, il n’est pas question ici d’injecter un peu de rock à la composition de Shuky Levy et Haim Saban. Tout au contraire, Soul Machine respecte l’univers géographique de la série d’animation en adoptant un style latino et en jouant sa partition sur un rythme proche d’une bossa-nova qui convient à merveille à la ligne musicale du morceau original déjà légèrement imprégné de musique andine. La puissance sonore et rythmique mise en place sur Ulysse ou Jayce est ici remplacée par un jeu à la guitare sèche d’une grande douceur et quelque peu mélancolique. Le musicien prouve de la sorte qu’il est aussi à l’aise sur ce genre de composition que sur celles plus nerveuses et électriques.

Quant au final joué au clavier à la El Condor Pasa avec le Grand Condor en orichalque qui passe juste à cet instant-là à l’image, on touche au sublime. De plus, une fois encore, la mise en scène où le musicien se place dans un décor, est très classieuse avec toujours des détails très plaisants à découvrir en écho au thème de l’oeuvre : le cigare originaire d’Amérique centrale où vécurent Mayas et Aztèques, une petite téquila, la boisson du coin des cités d’or, ou encore le Panama originaire de l’Equateur où vécurent les Incas.

Une Machine, de rock et d’électro

Soulignons à nouveau que les choix artistiques que Soul Machine déploie sont d’une justesse extrême et dans ce tout millimétré à la perfection (sa nature d’ingénieur), on ressent de vives émotions. Pourrait-on dire ainsi que la puissance de cette Soul Machine est, dans leur dimension respective, égale à celle d’une Buster Machine ? Il est important d’écrire également que les vidéos accompagnant les remixes sont d’une très grande qualité, tant dans le choix des images que du montage concernant les extraits de séquences d’animation. On voit également à l’écran le musicien jouer à lui seul de tous ses instruments, procédé couramment utilisé pour ce genre de production, mais ici avec encore un soin particulier. De même, ses décors et ses tenues vestimentaires font souvent écho aux oeuvres qu’il reprend.

Signalons de même que Soul Machine est soutenu par quelques grands artistes comme Matthieu Chedid alias M, Gaspard Auge du groupe Justice, Yann Destal de l’éphémère Modjo (avec qui il a par ailleurs travaillé), ou encore Nono du groupe Trust, ainsi que Tony Visconti, producteur historique de David Bowie ! Notons également que la chaîne de Soul Machine est âgée de quatorze années, le parcours professionnel de l’artiste qui a étudié à l’Institut polytechnique de Grenoble, à la fois producteur et concepteur d’instruments électroniques sur mesure (sous le nom Far Beyond Perception) ayant lui débuté quelques années auparavant (riche de rencontres et projets), et que son véritable nom est Jérémie Palmigiani.

Au-delà des génériques

Evidemment, nous vous invitons à découvrir les cinq génériques d’animation évoqués ici, mais aussi d’autres de ses remixes comme celui percutant du Power of love de Huey Lewis and the News, titre issu de la bande originale du film culte s’il en est Retour vers le futur de Robert Zemeckis, dont Soul Machine a par ailleurs inclus fort judicieusement et génialement le thème principal du film dans son remix. Il a également repris, et cela touchera un peu plus les nostalgiques des séries télévisées, le thème de K2000 en injectant de chaleureuses vibrations sur une orchestration originale, certes très plaisante à l’écoute, mais qui manquait un peu de volume.

Particulièrement attiré par le rock, le métal, le dub et le rock des années 1970, adorateur entre autres du regretté Vangelis (auquel il a rendu deux émouvants hommages suite à la disparition du grand musicien le 17 mai 2022) et de Jean-Michel Jarre, il a également repris Kavinsky, Daft Punk, Radiohead, Muse ou Justice mais aussi Metallica et Pink Floyd, ou encore – tel Isao Tomita – Jean-Sébastien Bach et Ludwig van Beethoven !

Ses propres compositions sont de même, sous ses diverses influences, des plus attractives comme son Phanerosphene en 2014, ouvrage musical concept aux mélodies aériennes pleine de couleurs tournoyantes et psychédéliques, ou sa récente composition électro-rock Wicked Desire avec au chant Krissy Abshire (alias Paige Pajic), artiste à la voix veloutée, légèrement sucrée et nébuleuse originaire du Texas, et avec laquelle également il a produit deux magnifiques remixes du groupe bristolien Massive Attack, ainsi qu’une reprise de Human Fly des Cramps.

Bref, si vous désirez offrir à vos oreilles un son qui frise la perfection, et retrouver la renaissance fabuleuse de cinq génériques d’animation (quelques autres sont plus ou moins en projet), tout en découvrant un nouvel univers musical, deux mots : Soul Machine.

Jacques Romero Vey

VOUS AIMEREZ AUSSI

LAISSER UN COMMENTAIRE