Yôko Takahashi : l’ange cruel d’Evangelion

C’est en interprétant les génériques d’Evangelion, notamment le mythique Zankoku na tenshi no These, que Yôko Takahashi sort de l’ombre en 1995. Tout en menant une carrière pop en parallèle, elle a depuis interprété de nombreux autres génériques notamment pour Shakugan no Shana, la série TV de Ah ! My Goddess ou encore les nouvelle OVA de Cobra.

Après un premier passage en France à Japan Expo en 2018, elle est revenue en 2019 à l’occasion de la diffusion mondiale des premières images du quatrième film d’Evangelion (3.0 + 1.0) annoncé pour juin 2020. En plus d’interpréter quelques-uns de ses plus grands succès, elle nous a également offert sur scène une performance unique à travers une danse traditionnelle telle qu’on les voit au Japon dans les festivals culturels populaires ! Elle a évoqué avec nous sa carrière déjà bien remplie…

L’interview

Quand avez-vous su que la musique serait votre métier ?
Mes parents se sont rencontrés dans une chorale. Voilà pourquoi depuis toute petite, je baigne dans un environnement musical. J’ai ensuite appris le piano avec mon père et intégré une chorale à mon tour. Finalement, il n’y a jamais vraiment eu de déclic : faire de la musique et poursuivre dans cette voie a toujours été quelque chose de naturel pour moi.

Comment et quand avez-vous franchi le pas pour devenir une chanteuse professionnelle ?
Au départ, je n’avais pas envie de devenir une artiste solo car je n’aime pas tellement être sur le devant de la scène. Voilà pourquoi au début, je travaillais surtout en studio, notamment pour des publicités. Il est aussi arrivé que je fasse des tournées, mais uniquement en tant que choriste. À force d’évoluer dans ce milieu musical, j’ai fini par être repérée et c’est ainsi qu’on m’a proposé un jour de me lancer seule. Mais vraiment, je vous assure que ce n’était pas mon intention !

Votre premier anisong est une série de chansons pour des Image Albums de Silent Mobius sortis entre 1989 et 1992 (notamment la chanson Maybe). Comment êtes vous arrivée sur ce projet ?
En effet, et c’était même bien avant que je ne fasse mes débuts officiels en tant que chanteuse solo. Au départ, j’avais entendu dire qu’on recherchait une personne pour une chanson de cette série d’Image Albums. Comme je vous le disais, je travaillais beaucoup en studio. J’y suis allé et c’est ainsi que cela s’est fait !

Vous sortez votre premier single fin 1991 avec le titre P.S. I miss you. Que ressentez-vous à ce moment ?
Ce titre est lui aussi arrivé d’une façon assez particulière. Comme je l’expliquais, à cette époque, je restais dans l’ombre des studios. C’est un moment où il y avait de plus en plus de drama à la télévision et la demande était forte pour trouver des voix afin d’interpréter leurs génériques et des chansons pour illustrer telle ou telle séquence. On a fait appel à moi car il fallait travailler rapidement et comme je savais lire une partition, je savais être efficace. Finalement, la chanson n’a pas été utilisée pour la télévision ! Comme on avait beaucoup travaillé sur ce morceau qui était prêt à sortir en CD, il a finalement été commercialisé ! C’est ainsi que j’ai fait mes débuts, malgré moi (rires) !

Vous êtes ensuite parti à Los Angeles. Qu’alliez-vous chercher aux États-Unis ?
Je suis allez vivre là-bas pendant six mois pour faire de l’entraînement vocal. J’avais ressenti le besoin de me perfectionner.

Photo : Japan Expo 2019

À votre retour, le producteur Toshimichi Ôtsuki vous propose d’enregistrer le générique d’Evangelion. Pourquoi a-t-il pensé à vous ?
Après m’être absentée durant ces quelques mois, on m’avait déjà un peu oubliée ! Tout va tellement vite… C’était difficile de retrouver du travail, d’autant que le Japon traversait alors une période de crise. On était juste après l’éclatement de la bulle économique. Je n’arrêtais pas de demander si je pouvais faire quelque chose, mais on me disait que c’était compliqué, qu’il fallait patienter.
Chez la maison de disques King Records, monsieur Ôtsuki était alors très connu dans le monde des musiques pour la publicité et il avait un projet très original de générique de fin pour une série (Evangelion) : utiliser la célèbre chanson Fly me to the Moon. Cependant, beaucoup de personnes avaient déjà eu l’occasion de faire des reprises de ce classique et il recherchait quelqu’un pouvant se démarquer. Pourtant, j’étais encore liée à une autre maison de disque, mais comme il n’y avait pas de travail pour moi, on m’a laissé aller sur ce projet et c’est ainsi que, de fil en aiguille, je suis arrivée sur la série.

Forcément vous n’imaginez pas que ce sera un tel succès. Quel souvenir gardez-vous de cet enregistrement ?
Ce projet avait tout de même déjà pris une belle ampleur au moment de l’enregistrement. Pourtant, je n’aurais jamais imaginé dans mes rêves les plus fous que, vingt ans plus tard, on la chante encore à ce point-là. C’est quelque chose qui me réjouit énormément.

À quel moment avez-vous compris qu’Evangelion devenait un phénomène et que la chanson allait marquer votre carrière ?
Ce qui m’a vraiment fait prendre conscience de cette ampleur, c’est quand j’ai commencé à regarder un peu l’anime. Déjà, j’ai senti que c’était vraiment différent de ce qu’on avait eu jusqu’à présent, notamment cette dimension philosophique que l’on ne retrouvait pas dans les séries d’avant. Le protagoniste a 14 ans, ce n’est pas vraiment un enfant, mais pas un adulte non plus. Le personnage n’est pas très fort en soit, mais il est intéressant. De plus, la série comporte beaucoup de mystère et lorsque j’ai vu ça, ma première réaction a été de penser que ça allait probablement devenir très populaire. Puis, peu à peu, j’ai été de plus en plus sollicitée pour des interviews, ce qui n’a fait que confirmer mes premières impressions.

Quand vous avez enregistré la chanson, vous a-t-on montré des images ? Avez-vous eu des infos sur la série ?
Non, je ne savais rien du tout ! Je n’ai fait qu’enregistrer la chanson à partir du texte et de la musique. Comme tout le monde, j’ai vraiment découvert de quoi parlait la série en la regardant à la télévision ! Puis, je suis devenue une grande fan, également comme tout le monde !

Après Evangelion, votre carrière prend un nouvel essor, mais vous continuez à enregistrer des anisongs de temps en temps…
Oui car après Evangelion, j’ai en effet reçu d’autres propositions comme Aquarian Age ou This Ugly and Beautiful World. Ce sont des chansons généralement très dynamiques ! Mais au départ, mon registre à moi, c’est plutôt la ballade. Je n’ai pas de préférence entre les chansons d’anime et celles dites « normales ». Le plus important, c’est de s’investir et de tout donner dans chacune d’entre elle.

Pouvez-vous nous parler du maxi-single d’Evangelion sorti en 2018 ?
Il contient des versions remix de Zankoku na Tenshi no These et Tamashii no Refrain. La chanson est encore très utilisée de nos jours, notamment dans les pachinko au Japon. On n’a pas cherché pas spécialement à remettre ces titres au goût du jour, mais plutôt d’apporter de nouveaux arrangements qui leur donnent une nouvelle dimension.
Et si vous ne connaissez pas encore Evangelion, c’est le moment de le découvrir sur Netflix puisque la série d’origine est désormais disponible partout dans le monde !

Interview réalisée à Japan Expo le 4 juillet 2019.
Remerciements à Japan Expo et à toute l’équipe de Games on Com.

Podcast ANISONG #80 consacré à Yôko Takahashi :

[ Discographie sélective ]

1989 Silent Möbius (Image Album)
1995 Neon Genesis Evangelion (OP, ED)
1997 Neon Genesis Evangelion Death & Rebirth (ED)
2003 Aquarian Age (OP)
2004 This Ugly and Beautiful World (OP)
2005 Ah ! My Goddess (ED2)
2006 Shakugan no Shana (ED1)
2006 Pumkin Scissors (OP)
2008 Cobra The Animation The Psychogun (OP1)
2015 Cross Ange (OP2)

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One Thought to “Yôko Takahashi : l’ange cruel d’Evangelion”

  1. Vincent

    Très belle interview ! ça me donne envie de réécouter quelques titres 🙂

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