Mai Yamane : l’interprète de Cowboy Bebop


C’est avec The Real Folk Blues, célèbre générique de fin de Cowboy Bebop, que nous avons découvert en France la voix de Mai Yamane. Cette artiste a travaillé pendant plusieurs années avec la compositrice Yôko Kanno sur Macross Plus, Escaflowne ou Darker Than Black. Elle poursuit aujourd’hui sa carrière en indépendante.

C’est à l’occasion du salon Cartoonist qui s’est tenu en novembre 2002 à Paris que nous l’avions rencontrée. C’est d’ailleurs encore à ce jour son unique passage officiel en France.

 

L’interview

Comment avez-vous débuté votre carrière de chanteuse ? Il me semble que vous avez été choriste avec le groupe Fence of Defense, est-ce vrai ?

C’est exact, j’ai été choriste pour eux, mais je chantais déjà depuis longtemps. En fait, j’ai débuté à la fin des années 1970 en participant à un grand concours de jeunes chanteuses au Japon. C’est à cette occasion que je me suis fait des contacts et, à peine six mois après, j’enregistrais mon premier album.

Sortir un premier album en six mois, c’est rapide, non ?

Oui ! Je pense que c’était mon destin, que j’étais prédestinée à chanter.

Comment avez-vous été amenée à travailler avec Fence of Defense ?

D’abord, c’était des amis. Quand ils m’ont demandé si je voulais travailler avec eux en tant que choriste, j’ai tout de suite accepté. Aujourd’hui, ils se sont séparés ; c’est dommage car ils étaient très populaires. Le groupe est-il connu en France ?

En dehors des amateurs de j-pop, pas du tout. En fait, les fans d’animation les connaissent un peu à travers les génériques qu’ils ont fait pour City Hunter 2 ou Beat X. Est-ce que la musique que vous faites aujourd’hui est la même que celle de vos débuts ?

Pas tout à fait. Au départ, c’était beaucoup plus pop ; c’est normal car nous étions dans les années 1980. Depuis, j’ai exploré plusieurs styles de musiques : rock, soul, etc. Aujourd’hui, j’ai rassemblé tout ce que j’appréciais pour créer mon propre style.

Vous avez travaillez avec Yôko Kanno en enregistrant des chansons pour Macross Plus, Escaflowne et Cowboy Bebop. Comment l’avez-vous rencontrée ?

Yôko Kanno avait écouté un de mes albums. La première fois qu’elle m’a appelé, c’était pour chanter une publicité destinée à la télévision. Ensuite, elle m’a demandé si on pouvait continuer à travailler ensemble sur des bandes originales de dessins animés. J’ai tout de suite compris que Yôko avait beaucoup de talent et j’étais certaine que son travail serait réussi.

Vous écrivez vous-même vos propres chansons (paroles et musique), alors comment se passe une telle collaboration étant donné que Yôko Kanno compose les siennes ?

En effet, ma participation se limite au chant. Yôko écrit la musique et généralement, une autre personne s’occupe des textes qui sont souvent en anglais. Il m’arrive aussi d’en écrire comme pour Macross Plus, par exemple (Torch Song), mais dans ce cas, c’est un peu spécial car il s’agit d’un langage qui n’existe pas, que j’ai inventé.

Justement, Yôko Kanno adore ce genre de chansons avec des langues inventées, comment arrivez-vous à chanter cela ? C’est improvisé ?

Oui, souvent, c’est de l’improvisation ; cela vient comme ça ! D’abord je reçois une “cassette démo” avec quelques musiques de Yôko Kanno et puis j’écris ces “pseudo-paroles” chez moi. Ensuite, on se rencontre en studio et l’on commence à travailler.

Pour ce genre de chansons, vous faites plusieurs essais ?

En fait, même s’il y a une part d’improvisation pour le langage, Yôko Kanno est une personne qui sait toujours précisément ce qu’elle veut. Nous sommes très bien dirigés et tout va souvent très vite, sans que l’on réfléchisse trop. De ce fait, nous n’enregistrons jamais énormément de versions différentes. Et puis Yôko s’entend toujours très bien avec les artistes.

D’autres artistes ont-il fait appel à vous ?

Le groupe Luna See, par exemple. Nous avons fait plusieurs tournées ensemble, en tant que choriste. Mais j’ai travaillé avec bon nombre d’artistes si bien que je saurais pas vous les citer tous.

Revenons à vous : quelles sont vos influences musicales ?

Quand j’étais enfant, j’adorais la Soul Music. J’ai toujours été attirée par les grandes voix : Janis Joplin, mais aussi Edith Piaf, l’une de mes chanteuses préférées (NDLR : Mai a d’ailleurs interprété La vie en rose durant l’un de ses concerts à Cartoonist).

Avez-vous suivi une formation musicale ?

Quand j’étais petite, j’ai fait un peu de piano, mais je n’ai jamais fait de Conservatoire ou des choses comme ça. Je joue aussi un peu de clavier et des percussions.

Comment vous situez-vous par rapport à l’industrie du disque au Japon ? Faites-vous partie d’une grande maison de disques ?

Pour le moment, je n’ai pas de contrat avec les grandes maisons de disques. Je suis indépendante car c’est plus intéressant. J’ai eu un contrat pendant 13 ans avec des majors ; j’avais des managers, mais j’ai tout arrêté pour prendre cette indépendance. Les grandes maisons pensent davantage aux chiffres de ventes qu’à la musique et cela ne correspondait pas à mes attentes. C’était devenu la routine : sortir régulièrement un nouvel album, faire la promotion, etc.

En France, c’est difficile de faire connaître un artiste sans les gros moyens de communication des majors. Les plus petits labels ont beaucoup de mal. Est-ce pareil au Japon ?

Oui, c’est pareil, mais même si j’ai perdu les gros budgets de communication, j’ai maintenant la liberté de collaborer avec d’autres artistes sans avoir des problèmes de contrats… Et au Japon c’est très difficile de travailler avec quelqu’un qui vient d’une autre maison de disque. De même, je n’aurais jamais pu venir aussi aisément ici, en France, si je faisais partie d’une major.

Parlez-nous un peu de vos musiciens qui vous accompagnent…

C’est mon groupe que nous avons baptisé New Archaic Sounds. Le nom vient d’un mot grec et signifie “le sourire”. La philosophie du groupe, c’est d’avoir un sourire pour le monde du XXIe siècle. Il y a ma sœur, Eiko Yamane (qui était aussi en tournée avec Fence of Defense), Satoshi Sano est le musicien qui joue le plus d’instruments dans le groupe (claviers, trombone, flûte, percussions et chœurs), Atsushi Sano, son frère, joue de la basse électrique, des percussions, de la guitare. Tous deux font aussi partie d’un groupe, les King, qui a déjà sorti deux albums. Enku est le D.J. du groupe (c’est un artiste qui créé aussi des objet) et il y a enfin Satoru Yamane, mon petit frère.

Toute votre famille est à vos côtés ! Vos parents étaient-ils musiciens ?

Pas du tout ! Mon père est architecte ! Ma mère aime danser, mais ce ne sont pas des professionnels du métier.

À propos de Cowboy Bebop, connaissez vous les autres artistes qui travaillent avec Yôko Kanno comme Steve Conte, Akino Arai, Maaya Sakamoto … ?

Oui, car il nous est arrivé de donner des concerts où nous étions tous réunis. On se connaît tous, et l’on se croise régulièrement.

Les chansons que vous avez interprétées ont-elles été enregistrées au Japon ?

Les miennes, oui. Les chœurs gospel ont été enregistrés à New York et l’orchestre en Europe.

Les membres de votre groupe font-ils partie des Seatbelts, la formation qui a joué les musiques de Cowboy Bebop ? D’ailleurs, qui est ce groupe ?

Mon musicien Satoshi Sano a joué du trombone dans ce groupe qui a été formé uniquement pour donner quelques concerts autour de la série.

Une question très importante : pouvez-vous nous dire qui est Gabriela Robin, cette mystérieuse personne qui chante et signe certaines paroles des chansons de Yôko Kanno?

(elle réfléchit !) Hum… C’est quelqu’un qui existe, mais il paraît qu’il plane un certain secret… Pourquoi ? Vous en parlez beaucoup en France aussi ?

En fait, nous aussi, nous aimerions bien savoir… Et si c’était Yôko Kanno en réalité ?

Ahaha… À mon avis seul Dieu connaît cette personne…

Je sens que nous n’en saurons pas plus… Que représente pour vous le fait d’interpréter des chansons extraites de dessins animés ?

Peu importe que la chanson fasse partie d’un dessin animé ou d’autre chose, l’important pour moi, c’est de pouvoir chanter avec joie et de faire de la musique. Par exemple, Blue de Cowboy Bebop, est une chanson que j’ai enregistré d’une traite, en une seule prise. La musique était tellement formidable que j’en garde un très bon souvenir et c’est ce genre de travail qui m’intéresse.

Quand vous étiez petite, regardiez-vous des dessins animés ?

Bien sûr, je me souviens que j’étais fan de Tetsuwan Atom (Astro le petit robot). Mais c’est vieux…

Interview réalisée en novembre 2002 par Olivier Fallaix et Alexandre Rozier
Publiée dans AnimeLand #87
Traduction : Yoshimi Hishida

Retrouvez aussi le podcast ANISONG #26 consacré à Mai Yamane.


[ Discographie animée ]

Macross Plus :
After, in the Dark – Torch Song (OST 1)
Escaflowne :
If You (OST 2)
Cowboy Bebop :
The Real Folk Blues (Vitaminless – Série TV)
Don’t Bother None (OST 2 – Série TV)
Want it all back (OST 2 – Série TV)
Blue (OST 3 – Série TV)
See you space cowboy (OST 3 – Série TV)
Pushing the sky (OST – Film)
Gotta knock a little harder (OST – Film)
Rain (OST – Film)
BlackJack (film) :
Invisible Love (versions japonaise & anglaise)
Darker Than Black :
No One’s Home
Mirage of Blaze :
3 chansons sous le nom Kathy Shower


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