Ichirô Mizuki : l’homme aux 1000 génériques


Ichirô Mizuki, de son vrai nom Toshio Hayakawa, est né le 7 janvier 1948. Il débute une carrière de chanteur de variété en signant chez Columbia en 1968, mais c’est en interprétant des génériques de dessins animés et de séries livetokusatsu” au début des années 1970 qu’il obtient une grand popularité. Mazinger Z, Albator, Lupin III, Grand Prix, Kamen Rider, ce sont plus de mille chansons cultes qu’il compte à son répertoire. Dès lors, il est surnommé Aniki ou Aniking !

En 2000, il rejoint le groupe JAM Project aux côtés d’autres chanteurs d’anime d’hier et d’aujourd’hui comme Hironobu Kageyama (Dragon Ball Z) ou Rica Matsumoto (Pokémon). Il a également prêté sa voix dans quelques anime et fait des apparitions dans des tokusatsu comme Spielvan ou Barom 1. Aujourd’hui, il ne rejoint JAM Project qu’occasionnellement, mais il donne encore de nombreux concerts où il interprète tous ses succès et continue d’enregistrer des génériques.

 

Ichirô Mizuki à Japan Expo en 2007

L’interview

Quel type de chansons avez-vous interprété quand vous avez débuté votre carrière professionnelle, avant de chanter des génériques de dessins animés ?

C’était des chansons « normales » comme de la pop ou du enka (des chansons d’amour populaires et traditionnelles, NDR). Je faisais également beaucoup de reprises de chansons étrangères populaires, notamment américaines, italiennes ou même françaises (M. Mizuki nous chante alors du Adamo, NDR).

Votre premier générique d’anime est celui de Nolan (Genshi shônen Ryû) en 1971. Pourquoi vous a-t-on proposé cette chanson ?

Tout a commencé quand j’ai participé à une grande émission télévisée où plusieurs chansons étaient chaque mois en compétition. Je l’ai remportée avec un titre depuis resté célèbre au Japon intitulé Daremo inai umi (également connue sous le nom français Toi et Moi, NDR). Deux ans après, quelqu’un de la maison de disque Columbia est tombé par hasard sur ce titre et s’est immédiatement dit « C’est lui qu’il nous faut ! ». Dans le même temps, j’ai également rencontré la chanteuse Mitsuko Horie (célèbre interprète de Candy Candy, NDR) qui travaillait avec le compositeur Kanae Wada que je connaissais bien. Grâce à elle, j’ai été mis en contact avec les personnes qui s’occupaient des chansons d’anime chez Columbia.

Aviez-vous des réticences à interpréter un générique d’anime ?

C’est plutôt mon manager qui était méfiant. D’ailleurs, pour Nolan, on avait convenu que mon visage ne passerait pas à la télévision et mon nom était écrit en tout petit au générique ! Il faut préciser aussi qu’à l’époque, les disques 45t de dessins animés ne se vendaient pas encore très bien et qu’être catalogué comme tel n’était pas très bien vu. De nos jours, tout ceci a bien changé. Même le gouvernement a pris conscience que les manga et les anime font désormais partie de notre culture. Depuis le jour où j’ai décidé de m’engager dans cette voie, je n’ai fait que cela et je suis très fier de n’avoir jamais changé de chemin. Quant vous réécoutez des titres comme Mazinger, Albator, ils véhiculent toujours autant d’émotions et ne sont jamais ringards. C’est le charme des génériques et je ne m’en lasserai jamais ! Vous savez, j’ai dû chanter Mazinger Z près d’un million de fois et j’y ai toujours pris autant de plaisir.

Quelle est la chanson d’anime qui vous a apporté le succès au Japon ?

Assurément, c’est celle de Mazinger Z. Mais pas seulement à cause de la chanson, c’était avant tout un renouveau dans les séries de robots géants.

Comment se passe l’enregistrement d’une chanson ? Travaillez-vous toujours avec la même équipe ? Avez-vous connaissance de la série dont vous allez interpréter le générique ?

C’est vrai que les artistes d’aujourd’hui, notamment ceux de la j-music, travaillent souvent avec les mêmes compositeurs et paroliers. Pour les anime, ce n’est pas le cas et je rencontre des personnes très différentes. Enfin, je ne vois jamais d’images du dessin animé, tout au plus un storyboard ou quelques croquis. En revanche, on m’explique l’histoire, les personnages et leur caractère. Je dois tout de même savoir si la série est plutôt sérieuse ou comique avant de commencer à chanter. Par exemple, quand j’interprète Mazinger Z, je me mets à la place du héros, Kôji Kabuto, qui est à la fois sérieux avec un petit côté drôle. Il me ressemble un peu, d’ailleurs.

Vous avez interprété 1000 chansons lors d’un concert mémorable en 1999 où vous avez chanté pendant 24 heures d’affilée. Comment avez-vous fait pour tenir aussi longtemps, notamment au niveau de la voix ?

Ce concert a d’abord nécessité six mois de travail, pour préparer la voix, mais aussi l’ensemble de mon corps. Il a aussi fallu choisir les mille chansons ainsi que leur ordre. Ensuite, pour arriver à tenir aussi longtemps, nous avons alterné judicieusement les chansons dynamiques et d’autres plus douces pour reposer la voix. Nous avons aussi placé des morceaux musicaux où je jouais à la guitare et des séquences karaoké qui ont permis à ma voix de se reposer un peu. J’ai quand même eu quelques crampes aux doigts (à cause de la guitare) et au pied. Le plus difficile était la nuit qui était froide, bien que l’événement fut au mois d’août, car nous étions près du mont Fuji, légèrement en altitude. Et en journée, il faisait tellement chaud que certains spectateurs ont pris des coups de soleil ! Mais ils m’ont aussi aidé à avoir le courage nécessaire pour tenir.

Quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon chanteur de générique ?

Je dis souvent qu’il ne suffit pas d’avoir la classe : il faut être dans un état d’esprit aussi combatif que le héros. Il faut le comprendre, se mettre dans sa peau et se dire qu’on va se battre pour protéger ceux qu’on aime. Il ne faut surtout pas se montrer soi-même, on doit impérativement mettre sa personnalité de côté. C’est tout l’inverse des autres chanteurs. Comme je suis connu grâce aux génériques, je participe souvent à des émissions TV. Là, c’est le vrai Mizuki que vous voyez. Mais dès que je chante, je deviens une autre personne. Quand j’ai fait ce fameux concert, j’ai joué mille personnages.

Aujourd’hui, il n’y a plus d’interprètes de génériques au Japon. Les maisons de disques préfèrent miser sur des groupes de j-music à la mode et les génériques n’ont souvent plus aucun rapport avec les anime. Pensez-vous que des chanteurs comme vous peuvent encore faire carrière au Japon ?

Je ne suis pas inquiet car je suis persuadé que dans l’avenir, on aura oublié la plupart des titres d’aujourd’hui. Par contre, les vraies chansons d’anime que l’on chante encore des années après seront toujours là. Actuellement, il y a une chanteuse, Shôko Nakagawa alias Shokotan, qui fait des reprises de génériques et qui arrive troisième à l’Oricon (le classement des meilleures ventes de disques, NDR). Elle souhaite faire carrière dans les anime et c’est bien la preuve que ce style de chanson peut encore rencontrer le succès.

 

Interview réalisée en juillet 2007 par Olivier Fallaix
Publiée dans AnimeLand #134
Traduction : Suzuka Asaoka

Site officiel d’Ichirô Mizuki

BONUS

Les chansons « les plus… » selon Ichirô Mizuki

 

• La plus connue au Japon ?
Mazinger Z  (Mazinger Z, Opening)

• La plus romantique ?
Ai no Theme (Lupin III – série 1977, Ending)

• La plus nekketsu ?
Game Center Arashi (Game Center Arashi, Opening)

• La plus difficile à chanter ?
Kamen Rider Stronger no uta (Kamen Rider Stronger, Opening)

La plus rock ?
Tatakau Kabuto Kôji (Mazinger Z, Image Song)

• La plus symphonique ?
Uchû kaizoku Captain Harlock (Captain Harlock, Opening)

• La plus comique ?
Ganbare Robokon (Ganbare Robokon, Opening)

• Le plus beau duo ?
Crossfight ! (Haja taisei Dangaiô, Opening, avec Mitsuko Horie)


[ Discographie sélective ]

1968 Kyojin no Hoshi
1969 Attacker n°1
1970 Mahô no Mako-chan (Makko)
1971 Genshi Shônen Ryû (Nolan, sous le nom Jun Ôshio)
1973 Cutey Honey (Cherry Miel)
1973 Kôya no Shônen Isamu (Willy Boy)
1974 Alps no Shôjo Heidi (Heidi)
1974 Majokko no Meg-chan (Meg la sorcière)
1975 Flanders no Inu
1976 Candy Candy
1977 Araigumi Rascal
1977 Shin Kyojin no Hoshi
1977 Ienaki Ko Rémi (Rémi)
1978 Perrine Monogatari
1978 Majokko Tickle (Magique Tickle)
1978 Muteki Kôjin Daitarn 3 (avec Yûshi Matsuyama)
1979 Kidô Senshi Gundam (Mobile Suit Gundam, avec Yûshi Matsuyama)
1979 Shin Kyojin no Hoshi II
1981 Hello ! Sandy Bell (Sandy Jonquille)
1982 Lady Georgie (Georgie)
1983 Meme Iro Iro Yume no Tabo (Ordy les grandes découvertes)
1983 Pure Tô no nakama-tachi (Biniky l dragon rose)
1984 Mori no Tonto-tachi (L’Histoire du Père Noël)


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